Exposition internationale de la Houille Blanche et du Tourisme de 1925 à Grenoble.

Il y a près d'un siècle, le 21 mai 1925, Grenoble inaugurait l'Exposition
Internationale de la Houille Blanche et du Tourisme. Elle se déroulera jusqu'au 25 Octobre de la même année et attirera 1 050 000 visiteurs
venant du monde entier. Un succès total pour la ville de Grenoble qui à cette époque compte 85 000 habitants pour 110 000 dans l'agglomération.

La Houille Blanche. expression adoptée pour caractériser l’énergie hydraulique, est utilisée dès 1869 par Aristide Bergès (1883-1904). Il la met en œuvre à Lancey, commune située à 15 km au nord-est de Grenoble, au pied du Massif de Belledonne, dans la vallée du Moyen Grésivaudan (1) pour faire fonctionner des défibreurs dans une râperie de bois (appareils râpant le bois afin d'en faire de la pâte à papier).

En 1882 pour développer une usine de fabrication de papier, Aristide Bergès met en place une conduite forcée de 500 mètres de dénivelé et adjoint une dynamo à ses turbines pour produire du courant électrique. Ceci constitue un véritable bouleversement industriel, économique et social qui a des retombées dans le monde entier. Localement ce bouleversement se concrétise par la production de l'énergie nécessaire pour alimenter une ligne électrique (l'une des premières) desservant la vallée du Moyen Grésivaudan ainsi que la ligne du tramway allant de Grenoble à Chapareillan, en 1889. Afin de fabriquer des conduites de plus en plus longues, larges et résistantes, dès 1870, les industriels chaudronniers-métallurgistes Joseph Bouchayer et Félix Viallet se spécialisent dans la construction de conduites forcées et dans l'équipement de sites, et mettent au point une technologie qui va faire la renommée de la ville.

A la même époque les industriels André Neyret et Casimir Brenier (Neyret-Beylier) s'orientent vers les matériels nécessaires à hydrauliques et s'associent plus tard avec Piccard-Pictet (Industriel suisse) pour devenir Neyrpic, leader mondial de l'équipement hydroélectrique dans les années 1960 (racheté par Alsthom en 1967). En 1920 Paul-Louis Merlin et Gaston Gerin crée le groupe "Merlin Gerin" industrie spécialisée en matériel électrique, qui fournissait la protection électrique des réseaux derrière les turbines (racheté par Schneider Electric en 1992).


Le Tourisme. A la même époque, avril 1889, est créé à Grenoble le premier Syndicat d'initiative dans le but d'attirer les visiteurs étrangers dans la région dauphinoise. Dans les années suivantes,l'industrie du tourisme se développe, le réseau routier s'améliore, permettant les premières excursions en automobile. Des sentiers de montagne sont tracés, des lignes d'autobus sont lancées à travers les Alpes. Le Touring Club de France est déclaré maître d'ouvrage de la tour d'orientation de l'Exposition internationale de 1925.


L'Exposition. A l'initiative de journalistes grenoblois, soutenus par les industriels et hommes politique, l'exposition est une aubaine pour Paul Mistral (1872-1932) le nouveau maire de Grenoble.

Au-delà de son aspect médiatique l'Exposition donne au maire l’opportunité de réaliser son projet d'extension de la ville vers le sud en rasant les fortifications. Après déclassement du polygone militaire, le terrain est aménagé en parc pour l'exposition (actuel parc Paul Mistral). L'extension verra la création des quartiers de la Bajatière, de la Capuche, du Rondeau et l’urbanisation des Grands Boulevards.

L'exposition est aussi innovante en matière de construction. Sur les 20 hectares du site, une multitude de palais, de pavillons sont bâtis, parmi lesquels le palais de la Houille blanche en ciment armé, et la tour d'orientation de 80 mètres de hauteur, symbole du béton armé (à l'époque le plus haut édifice en béton armé au monde). Après l'Exposition, les bâtiments sont rasés pour laisser place à un parc urbain. Le pavillon des chemins de fer et le palais
de la Houille blanche sont conservés pour les foires de la ville. Ils sont détruits respectivement en 1964 et 1966. La Maison Moderne a abrité pendant de nombreuses années la station locale de Radio-Grenoble. Aujourd'hui seule la tour d'orientation (Tour Perret), laisse un souvenir de cette exposition au sein du parc Paul Mistral.


Autre événement de portée internationale, les Jeux Olympiques d'hiver de Grenoble en février 1968 se sont déroulés, en partie, dans le parc Paul Mistral où ont été édifiés le palais des sports Pierre Mendès-France (alors dénommé palais de glace), l'anneau de vitesse, la petite patinoire (aujourd'hui hall Clemenceau) et aussi le nouvel hôtel de ville. Comme l'exposition de 1925, cet événement a permis de prolonger l'urbanisation de la ville vers le sud où ont été bâtis le centre de presse et le village olympique. Il a contribué à promouvoir le tourisme de montagne, notamment par l'amélioration du réseau routier et l'accueil en stations. Sans oublier le premier Symposium
français de sculpture dont quatre œuvres ornent le parc.


Pour la petite histoire...
L'exposition internationale a été inaugurée, le 6 septembre 1925, par le Président du Conseil Paul Painlevé, son prédécesseur Édouard Herriot et André Hesse, député. Au moment du déjeuner et durant tout le temps de celui-ci, Édouard Herriot et André Hesse restent bloqués dans l’ascenseur sans que les employés de la tour ne s’en aperçoivent, provoquant ainsi une certaine panique dans les services de police.
Tradition grenobloise ? En 1976 le téléphérique qui dessert la Bastille, fort militaire surplombant Grenoble, est modernisé; les cabines, sorte de caisses vitrées aux angles arrondis, sont remplacées par des cabines vitrées en forme de sphères, "les bulles". Lors de l'inauguration, le 18 septembre 1976, le déraillement de l'un des quatre trains de bulles se produit vers 16 heures
quelques mètres après la sortie de la gare inférieure. Les passagers sont évacués par différents moyens mis en œuvre par les services de sécurité civile.

                                                                                   ETPG novembre 2021

 

(1) Le Grésivaudan est divisé en 3 parties : Haut Grésivaudan (entre Chapareillan en Isère et Albertville en Savoie,
Bas-Grésivaudan (entre Tullins et Grenoble en Isère), Moyen-Grésivaudan (entre Grenoble et Chapareillan en Isère)

Références :
L'exposition
Exposition internationale de la houille blanche de 1925 — Wikipédia (wikipedia.org)


Entreprise Bouchayer-Viallet
Halle Bouchayer-Viallet, actuellement Magasin des Horizons Centre national d'arts et de cultures (grenoble-patrimoine.fr)


Entreprise Neyrpic
Neyrpic — Wikipédia (wikipedia.org)


J.O 1968
Jeux olympiques d'hiver de 1968 — Wikipédia (wikipedia.org)


Symposium
Symposium de sculpture à Grenoble: 1 expériences et 3 photos (monnuage.fr)


Cédric Avenier, L'ordre de béton – La Tour Perret de Grenoble, CRAterre édition, ISBN 978-2-906901-74-2