Des personnes-clés du projet

Dès 1921, l’idée d’organiser à Grenoble une Exposition Internationale a été lancée.

"Un intérêt national à montrer au monde ce que l’on peut attendre de la Houille Blanche et du Tourisme" (Marius Blanchet.)

Un Conseil supérieur est chargé d’organiser l’Exposition. Il est composé de 9 membres qui représentent :

 - La Mairie de Grenoble : Paul Mistral (Maire), Adrien Ricard, et Paul Cocat.

 - Le Conseil Général : Léon Perrier (Président), Dr Martin et Richard-Béranger.

 - La Chambre de Commerce de Grenoble : Charles Lépine (Président), Charles Keller et Aimé Bouchayer.

Le 29 décembre 1923, Marius Blanchet (membre de la Chambre de Commerce) est nommé Commissaire général de l’Exposition. Les 3 instances, soutenues par les journalistes, portent le projet avec une remarquable efficacité mais Paul Mistral est un acteur majeur de sa réalisation.

 

Paul Mistral (1872 – 1932), moteur du projet "Exposition"

De milieu modeste, il est le fils de Hippolyte Mistral, maître-maçon à La Morte (Isère), et de Pauline Roux qui s’occupe de la ferme.

Après de bonnes études primaires à l'école de La Morte, il entre au collège de La Mure en 1887. Aîné d'une fratrie de 8 enfants, dont 2 n'ont pas survécu, il doit interrompre ces études au décès de son père, pour aider sa mère.

Il travaille à Grenoble aux établissements Brenier et Neyret et apprend sur le tas le dessin industriel et la comptabilité. Il quitte son emploi de salarié et s’associe avec son frère négociant en vins et s'engage en politique, avant d'épouser en 1897 Eugénie Gallet avec qui il aura 3 enfants.

 

C'est un homme politique engagé : Entré au Comité fédéral du parti Socialiste de l’Isère en 1900, il est élu Conseiller Général en juillet 1901 sur le canton de Grenoble-Est, Puis en 1910 il devient député sur la 2ème circonscription de Grenoble, durant 6 législatures jusqu’à sa mort.

Un Maire de Grenoble (1919-1932) actif et efficace : Élu Maire de Grenoble en décembre 1919, il annonce ses priorités, cohérentes avec ses opinions politiques :, résoudre la crise du logement ouvrier, lutter contre l’insalubrité, développer l’hygiène et la santé publique et développer l'urbanisation de la ville vers le sud.

En mai 1920, il crée "l’Office Public d’Habitation à bon marché" (OPHBM) qui réalise quatre programmes de logements sociaux :

  • 1922 : La Cité Jardin du Rondeau au Sud-Ouest, le long du Drac (200 logements, de 2 à 5 pièces répartis dans 80 bâtiments avec tout le confort moderne de l’époque : eau, gaz, électricité, buanderie, cave et un jardin de 250 m2 par logement),

  • 1924 : Cité de la Capuche (124 logements) au Sud, cité Beauvert.

  • 1929 : Cité de l'Abbaye (264 logements), au Sud-Est.

  • 1932 : Cité Jean Macé (176 logements), au Nord-Ouest.

Après avoir obtenu le déclassement de l’enceinte fortifiée Haxo et du polygone du génie – dont la destruction permettra le développement de la ville vers le sud – Paul Mistral va mener à bien son projet d’Exposition Internationale. Le plan d’embellissement et d’extension de la ville est confié à Léon Jaussely, architecte en chef du gouvernement. Après 1925 le parc de l'exposition de 20 hectares est ouvert aux habitants.

Au Conseil municipal du 21 juin 1930, Paul Mistral présente son projet de création d'un téléphérique à Grenoble, le premier téléphérique urbain du monde qui sera réalisé en 1934 par son successeur, Léon Martin. Il projette également la construction d’un stade municipal, inauguré en juin 1936. En mai 1931, il fait voter le projet d’un aéroport au sud de Grenoble. L’aérodrome Jean Mermoz sera inauguré en 1936.

Avec son ami Marcel Sembat, député socialiste, Paul Mistral apporte un fort soutien à Andry-Farcy, le nouveau conservateur du Musée de Grenoble, qui souhaite acquérir des œuvres "modernes" En 1922, au décès de Marcel Sembat et de son épouse et peintre Georgette Agutte, il obtient de la famille le legs de leur collection au profit du Musée de Grenoble.

Le 19 août 1932, Paul Mistral meurt subitement d’une crise cardiaque dans sa maison à La Morte.

 

Auguste Perret (1874 - 1954), créateur du monument historique

 

 

 

Auguste Perret est né le 12 février 1874 à Ixelles en Belgique. Il a 2 frères : Gustave (1876-1952) et Claude (1880-1960) et une sœur Pauline (1870, décédée)

Leur père, Claude-Marie Perret, issu d'une famille bourguignonne, est tailleur de pierres A 20 ans il part à Paris où il se marie avec Pauline Lorimey. Républicain convaincu, il a participé aux évènements de la Commune. Condamné à mort il a dû s’exiler en Belgique. Amnistié en 1879, revenu à Paris en 1881, il installe rue de Vaugirard une entreprise générale de bâtiment et construisit des maisons à Paris. En 1886 il fonde la société "Perret et Fils".

Estimant que ses fils pouvaient comme lui se passer de diplômes, il les retire de l’École en 1890 et les fait travailler dans l’entreprise familiale. Il pousse très tôt ses enfants vers l’architecture. Il confie à Auguste âgé de 16 ans la conception de leur maison de vacances

en Normandie. Auguste déclara "je me suis senti architecte pour la première fois". En 1891 Auguste et Gustave entrent à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Julien Guadet. Ils en sortent sans diplôme en 1898, pressés de construire.  Claude-Marie Perret meurt en 1905. Auguste s’associe avec ses frères pour créer l’entreprise "Perret et Frères" spécialisée dans l’architecture et la construction.

Perret poète en architecture : "L’architecte est un poète qui pense et parle en construction".

IL a défendu le béton armé, un matériau mal connu et décrié à l’époque, mais il défendait l'idée que l’architecture doit utiliser les matériaux de son époque. "A l‘architecte de lui donner son âme et ses lettres de noblesse", disait-il, en argumentant sont propos :

 - L’architecture vivante est celle qui est l’expression exacte de son époque".

 - Le béton armé est le matériau par excellence de la modernité.

 - Le "béton esthétique" : faire de ce matériau grossier qui n’a pas bonne presse, un moyen raffiné de la forme architecturale moderne.

 - L’architecte n’est pas seulement "dessinateur". Il doit être "constructeur" et être aussi "ingénieur", avoir une connaissance scientifique du matériau qu’il utilise.

 - Primauté de "l’ossature" de la construction qui doit toujours rester apparente.

Une conception rationaliste de l’architecture.: Perret innova en créant une architecture inspirée des techniques ogivales, certainement suggérées par Viollet-le-Duc, dont il avait, enfant, découvert les œuvres de dans la bibliothèque de son père. Une technique qui consiste à construire une ossature porteuse en béton armée (poteaux verticaux et poutres ou dalles horizontales) en substitution des murs pleins, porteurs, en béton. Les vides entre ossature sont remplis en matériaux isolants et insonores. "Dressez l’armature et remplissez avec ce que vous voudrez".disait-il.

Les principales œuvres de Perret :

Auguste Perret a réalisé de nombreux édifices,  immeubles, villas, ateliers d’artistes, usines, théâtres, églises, aéroports, docks, hangars, bâtiments publics en France et dans le monde.

Les plus connus sont :

- Le Théâtre des Champs-Élysées (1911-1913) à Paris.

- L’Église Notre-Dame du Raincy (1922-1923.

- Le Musée des travaux publics (1936-1937).

- Le Mobilier National (1934-1936) et le Palais d’Iéna à Paris.

 - La reconstruction du Havre (1945-1955).

 - Et la Tour Perret de Grenoble.

C’est Marie Dormoy, critique d’art parisienne, qui fit connaître à Perret en 1923 le projet d’Exposition Internationale de 1925 de Grenoble. Elle connaissait bien le milieu culturel de la ville autour d’Andry-Farcy, nouveau conservateur du Musée et Louis Mion, directeur de l’École d’Arts industriels. Elle y est venue plusieurs fois faire des conférences, ainsi que Perret. Perret souhaitait être le commanditaire du Grand Palais de la Houille Blanche qui correspondait bien à ses préoccupations d’entrepreneur ; c’est Léon Jaussely qui fut choisi. En contrepartie on proposa à Auguste Perret d’édifier une tour au cœur de l’exposition. Auguste Perret choisit Marie Dormoy qui était à l’époque sa maîtresse et celle qui l’a fait connaître dans les milieux artistiques, comme "Marraine de la Tour Perret" … Cette "Tour pour regarder les montagnes" comme il l’a définie.

  • Portrait de Perret en 1932 par Nadine Bilis. Wikipedia.

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